Je me réveillais un matin de plus, baignant dans cette substance noire qui me collait aux draps. Mon esprit tournait en boucle sur des souvenirs douloureux ou des futurs inatteignables. Chacune de ces pensées faisaient accélérer mon cœur, et de chacun de ces battements naissait une horrible douleur.
Car dans mon cœur était plantée une dague.
La plus belle arme qui soit. Faite d’un manche en porcelaine et ornée d’or, d’une garde en ivoire et d’une lame aussi brillante que fine.
Elle s’était logée dans mon cœur un beau jour, sans vraiment crier gare. Je n’avais pas essayé de la retirer de peur de me blesser d’avantage. Et même si elle me faisait souffrir, la contempler me suffisait à oublier le mal.
Mais plus les jours avançaient, plus la douleur augmentait, et bientôt de la plaie suinta un liquide noir. Cette substance collait à ma peau, la brûlait, et rendait mes mouvements plus lourds. J’ai voulu retirer l’arme pour arrêter la souffrance, mais elle s’était encrée en moi, et tirer dessus ne faisait qu’empirer la douleur.
Chaque jour qui passait voyait la dague agrandir la blessure. Chaque nuit qui tombait me voyait saisir son manche et tirer jusqu’au matin.
La plaie grandissait inexorablement et le liquide noir coulait d’autant plus. Paradoxalement, je m’habituais doucement à cet état, ne ressentant plus que le poids de la substance, de plus en plus lourd. Par moment, je regardais le morceau d’acier logé dans mon torse. Et alors, toute la douleur revenait.
Je me réveille encore un matin, me noyant un peu plus dans cette substance noire qui me colle au draps. Mon esprit tourne en boucle de vieux souvenirs et des futurs autrefois brillants. Chacune de ses pensées crève un peu plus mon cœur, et chacune de ces fissures me fait perdre un peu plus de couleur.
Car dans mon cœur s’est plantée la plus belle, et la plus meurtrière des dagues.
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Pour ce texte et les autres intitulés « thème : … » qui paraitront, le but a été de prendre une liste de mots et de s’en servir pour écrire des petites nouvelles, l’exercice permettant de s’imposer une règle pour développer la créativité et sortir de sa zone de confort.