Ivar avançait depuis un moment déjà sur la petite route couverte de neige. Ses raquettes l’empêchaient de s’enfoncer mais ralentissaient ses mouvements. La nuit perpétuelle recouvrait toute la forêt et il ne devait son salut qu’à l’aurore boréale qui éclairait le chemin. En cette période-là, peu de vie animait la forêt, ne laissant place qu’au battement incessant du vent et au craquement des branches.
Les lueurs flottantes dansaient dans le ciel, créant un balais d’ombres autour d’Ivar. La forêt morte prenait alors vie dans un silence morbide. Plus il avançait sur sa route, plus l’éclat devenait fort. Intense. Présent.
Ivar pressa le pas, les battements de son cœur se mêlaient maintenant à ceux du vent. L’air autour de lui se réchauffait, la neige luisait et de la fumée commençait à s’en échapper. La lumière, d’où la source était maintenant bien localisée, perçait entre les arbres et les volutes de fumées, donnant l’impression que les rayons se matérialisaient.
Mais Ivar ne regardait pas. Il continuait de marcher, courant presque. La lumière et la chaleur augmentaient de plus en plus. La neige fondait à vue d’œil. Soudain, un craquement déchirant le silence explosa à plusieurs dizaines de mètres. Une vague de chaleur balaya la forêt et souffla Ivar, l’aveuglant et manquant de le renverser.
Lorsqu’il rouvrit les yeux, tout était devenu sombre. Le froid soufflait de nouveau, les étoiles brillaient, les arbres étaient immobiles, seule la neige gardait les stigmates de la déferlante. Alors qu’il se remettait du choc et du changement brutal de température, un long râle raisonna.
Il voulut reprendre rapidement sa route, mais se figea instantanément. Devant lui se tenait une forme lumineuse. Son corps était fait d’aurores, composé d’os ondulant de lumière bleue-verte, à la frontière entre le tangible et l’intangible. Ses quatre membres fermement ancrés au sol soutenait un corps fait pour la chasse, dirigé par un crane félin pourvu de deux crocs bien trop longs.
La bête le fixait de ses orbites vides d’où brillaient deux petites étoiles froides. Il se déplaçait lentement en tournant autour d’Ivar mais sans s’approcher. L’homme n’osait plus bouger. La sueur lui gelait les tempes, son cœur bourdonnait dans ses oreilles et ses pieds étaient devenus des poids fermement plantés dans le sol. Ses mains tremblantes se déplaçaient lentement vers le couteau qu’il portait à la ceinture. Lorsqu’il l’atteignit, le fauve s’élança instantanément vers lui.
Ivar brandit son arme devant lui en hurlant alors que le tigre lumineux lui sautait dessus, griffes et crocs vers l’avant.
Le hurlement se coupa net, la neige retomba doucement là ou un instant avant se tenait les deux combattants. Les arbres craquaient doucement sous le vent froid, l’aurore boréale illuminait la forêt de ses lueurs verdâtres. Les affaires d’Ivar disparurent rapidement sous les flocons.
Une nouvelle étoile brillait dans la nuit.
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Pour ce texte et les autres intitulés « thème : … » qui paraitront, le but a été de prendre une liste de mots et de s’en servir pour écrire des petites nouvelles, l’exercice permettant de s’imposer une règle pour développer la créativité et sortir de sa zone de confort.