– « A attendre que quelque chose tombe du ciel, tu finiras par prendre la foudre.»
Cette phrase, c’est celle que me répétait constamment mon grand-père quand je végétais sur son canapé.
Je n’ai jamais su m’occuper quand j’étais petit, alors je me posais quelque part et laissait mon imagination vaquer et m’emmener dans des mondes imaginaires. Tantôt munit d’ailes blanches se confondant dans les cotons flottants, parfois héro fantastique sauvant des villages d’un mal antique, souvent riant avec mes amis et ma famille sous un soleil d’été.
C’est dans ces phases qu’il finissait par me trouver et me sortir sa célèbre réplique. Il me disait que « le vrai monde n’attend pas et que nos rêves ne se réalisent pas s’ils restent bloqués dans notre tête ». Du haut de mes 8 ans, ces mots sonnait dans le vide. Je ne faisais qu’imaginer des histoires, en quoi était-ce si différent de lire un livre ? Je pouvais bien me déconnecter de temps en temps.
Plus tard, lors du décès de ma grand-mère, je fixais l’enterrement d’un œil lointain, déconnecté de la réalité. « Est-ce que j’ai passé assez de temps avec elle ? Lui ai-je dit combien je l’aimais ? Et pourquoi est-ce que je n’arrive pas à pleurer ? » Mon grand-père me mit une claque derrière la tête qui me reconnecta au vrai monde et me dit « Reste avec nous ». Pourquoi je n’avais pas le droit de me recroqueviller dans mon esprit, même dans un moment comme celui-ci ? N’avait-t-il aucune émotions ? Ah oui, sa fameuse phrase… Mais la foudre avait déjà frappé et la pluie coulait maintenant sur mes joues…
Après ça, plus le temps avançait, plus je me fermait. Ce qui se passait à l’intérieur de mon esprit était mon trésor personnel, mon médicament, mon échappatoire. Le monde extérieur n’existait plus, les maux du dehors ne m’atteignaient plus.
Lorsqu’il finit par rejoindre ma grand-mère, par l’annonce de son décès, il me ramena à la vraie vie une dernière fois. C’est plus vieux et pleins de regrets envers lui que je pris la décision de lui faire confiance et, même si je ne comprenais toujours pas le sens de ses conseils, de vivre comme il le voulait.
J’avançais à l’aveugle, en cherchant toujours à atteindre ce que je voulais, en en faisant toujours plus pour me donner les moyens d’atteindre le soleil qu’étaient mes buts. J’affrontais les problèmes la tête la première sans me reposer, comme si prendre une pause signifiait un arrêt définitif.
Mais comme Icare, mes ailes finirent par brûler. J’allais, aveuglé par un soleil qui n’était pas le mien, et lorsque j’ouvris enfin les yeux pour me rendre compte que cette course était mon chant du cygne, toute la lumière disparue.
Et là, allongé dans mon lit, je comprends enfin, mais c’est trop tard. Mon esprit s’envole une dernière fois dans les bribes oniriques alors que les nuages noirs s’amassent au-dessus de moi.