
Ils venaient de marcher toute la journée. Complètement épuisés, ils s’arrêtèrent pour entamer leur repas tant mérité. Alors que le doux fumet de la viande séchée et du fromage atteignait leurs narines, tout changeait. Le mélange des saveurs, amplifié par la faim, éveillait tous leurs sens à chaque bouchée. Ils entendaient la nature environnante, sentaient les moindres aspérités de la croûte du pain sous leurs doigts. L’attente et l’effort avaient été tels que le corps se débridait complètement. Ils ne faisaient plus qu’un avec le moment, avec le lieu.

Assis sur sa chaise, il étale calmement de la confiture sur son pain. La légère odeur de poussière occupe ses narines, mais ne le dérange pas. La douce lumière de fin de journée passe par la fenêtre ouverte et lui caresse le dos. Le bruit des rideaux en tissu bruissant dans le vent et les bruits calmes du village sont comme une douce mélodie à ses oreilles. Il écoute sa grand-mère lui raconter des histoires d’une époque révolue. Les arbres dansent au vent et projettent un spectacle d’ombres devant lui.

La nuit était tombée, mais il restait là, assis sur la jetée, les pieds dans l’eau devenue froide. Il aimait venir seul ici. A cette heure-là, la mer était complètement différente. Elle devenait un miroir de la réalité, et s’amusait à faire danser les lumières qu’elle reflétait. Les vagues créaient un battement régulier, hypnotisant, comme une douce musique accompagnant la valse.
Ce monde de couleurs l’appelait parfois, lui donnait envie de flotter éternellement parmi ces échos. Mais il résistait sans cesse. Il se contentait de rester dans sa grisaille, contemplant les lueurs lancinantes de loin.

Les falaises qui se dressaient devant lui semblaient taillées par la lame d’un ancien géant, les crevasses qui les composaient, creusées par d’immenses dragons, et les flots se brisant sans cesse contre elles, dirigés par un dieu furieux contre la terre. Le vent sifflant était semblable à l’appel d’un monde mystérieux. Les éléments étaient si forts qu’il n’était plus connecté à son monde. Il ne ressentait plus le froid, n’entendait plus la voix de ses amis. Il avait devant les yeux un spectacle mélangeant illusions et réel où la mer prenait vie, où les rochers parlaient et où des créatures fantastiques virevoltaient dans le vent.

L’air de ce premier jour de janvier était exceptionnellement doux. Malgré les bourrasques froides venant de la mer, le soleil baignait d’une lumière chaude le port et ses embarcations. Le cliquetis des cordes contre les mâts sonnait comme une chorale d’oiseaux mécaniques perchés sur les branches d’arbres synthétiques. Les légers bruits de l’eau contrastaient en ajoutant une touche naturelle à cet orchestre matinal. Les rares sons émanant de la ville étaient comme de lointains échos, à peine perceptibles.
A la terrasse d’un café, il écoutait paisiblement ces combinaisons musicales, se laissant bercer, le nez dans sa tasse de chocolat.
_______________________________________
Ces 5 textes ont été écrit dans le cadre d’un exercice visant à travailler sur ses souvenirs et essayer de s’exposer en écrivant sur soi.
Ils représentent donc chacun un instant de ma vie, et ont été sublimés par ma mémoire et la nostalgie en découlant.
Mon but a été de mettre quelque chose de personnel en écrit pour ensuite le présenter et faire ressentir au lecteur ce que je ressens en me ressassant ces souvenirs.